top of page

Le Pervers narcissique Qui est-il ? Qui sont ses victimes ? Comment s’extraire du lien toxique ?


1. Qui est le pervers narcissique ?


C’est quelqu’un qui consacre toute son intelligence – qu’il a souvent grande - à construire une image idéale de lui-même, un masque, aux dépens des autres, et en particulier de ses victimes, dont il vampirise les qualités en leur attribuant ses défauts.

C’est parce qu’il trouve sa victime admirable et qu’il la sait capable d’empathie qu’il va la choisir. Puis il va dévaloriser l’image de sa victime pour valoriser la sienne.


« Le pervers rejette sa culpabilité dans l’autre et conserve son illusion d’être quelqu’un de bien, voire d’être la victime », in Jean-Charles BOUCHOUX, Les pervers narcissiques. Qui sont-ils, Comment fonctionnent-ils ? Comment leur échapper ?

Il se nourrit de l’image de sa victime, puis il la dévalorise. Au quotidien, il pousse la victime de ses manipulations à la maladie, la dépression ; parfois à la violence, à la perversion, la folie, jusqu’à la l’acte ultime de la mort par suicide, par accident, ou des suites de maladies (déclenchées par le stress qu’il a généré chez sa victime).

Le pervers narcissique n’a pas une double personnalité, tel que Docteur Jekyll et Mister Hyde. Il n’en a qu’une : il EST Mister Hyde, narcissique, manipulateur, toxique. Il porte le masque de Dr Jekyll pour plaire à ceux qu’il veut séduire (in Jekyll Hyde vs narcissist, manipulationships.com)

Il est d’autant plus doué dans le leurre qu’il doit d’abord se convaincre lui-même, à temps plein. Prendre conscience de son cas lui est de ce fait impossible : il n’est qu’un mirage.


Parmi ses caractéristiques principales :

-Il est très aimable, séduisant parce que séducteur.

-Il feint la compassion et l’empathie. Il peut se fait passer pour très sensible, tandis qu’il est froid et égocentrique.

-Il ment : il ment sur lui-même et se ment d’abord à lui-même. Il est habile de la parole. C’est le maître du débat ; il noie sa victime de mots ; il utilise le double sens des mots.

-Très manipulateur, il observe les gens et notamment ses victimes, afin d’utiliser toutes les informations qu’il détient contre elles.

-Il se positionne en victime pour se faire plaindre et pour masquer le mal qu’il a fait à ses victimes. Il présente fréquemment ses ex compagnes/compagnons comme hystériques, fous/folles, manipulateurs/trices, violents/es…

-Il est un grand rhéteur, mais ses conversations sont floues. Noyant sa victime sous des flots de parole contradictoires, il a aussi la capacité du détournement des circonstances. Justifiant ainsi ses mauvais comportements. Le volume et les paradoxes affaiblissent la victime qui ne peut y échapper. Pire encore si elle n’a pas conscience du jeu de manipulation.

-Il projette toujours ses vices sur les autres, car il ne peut les accepter comme siens.

-Il ne supporte pas la critique à son encontre, mais à l’inverse, critique sans cesse l’autre, lui attribuant ses défauts.

-Il met en avant ses belles valeurs, d’une manière quasi litanique, qui peuvent changer selon l’interlocuteur ; dans les faits, ses comportements démontrent qu’il ne s’agit que d’une vitrine.

-Il peut être serviable, dès lors que cela sert son image.

-Il a un souvent un rapport à l’argent problématique.

-Il est paranoïaque, se demandant toujours à quel moment il va être abusé, tandis qu’il abuse l’autre chroniquement.

-Il est très immature ; tout lui est dû ; il doit être le centre de l’attention dans la relation. Intolérant à la frustration, il se montre agressif, violent dans les paroles, et possiblement dans les gestes avec sa victime. Jamais en public, ou subtilement, pour ne pas nuire à son image.


Fragilité du narcissisme et immaturité

Le système éducatif ou les modèles du PN ne lui ont pas permis de se construire une image stable de lui-même. Il manque de confiance en lui et d’estime personnelle et pour compenser, il développe une image démesurée de lui-même. Cette haute idée de lui-même est entretenue au dépens des autres.

Le PN est « un enfant dans un corps d’adulte ».


Les manifestations de cet état antérieur sont :

- l’absence de culpabilité qu’il ressent à nuire

- une angoisse de l’abandon entretenue par ce qu’il vit comme un non-respect de l’idéal du moi (l’image qu’on lui renvoie de lui-même n’est jamais assez bien).

- un besoin constant de vérifier son pouvoir sur l’autre (notamment en étant extrêmement exigeant – parfois très subtilement au départ).

Dans l’immaturité du moi, il est incapable de contenir ses pulsions. Idéalement, il fait porter sa rage à ses victimes de manière à rester calme lui-même.

Selon J-C. Bouchoux, du point de vue psychanalytique, il utilise trois outils :

-le déni : il a besoin de passer à l’acte et va se donner bonne conscience en faisant supporter à l’autre la responsabilité des ses actes.

-le clivage : il déverse sur l’autre sa mauvaise image et garde pour lui sa bonne image. Il rend sa victime responsable de ses actes ou de ce qui lui arrive.

-l’identification projective : il s’agit d’un mécanisme normal chez l’enfant qui s’identifie à papa et maman. L’enfant dépasse ce mécanisme en grandissant, tout en prenant conscience de sa propre personnalité. Le pervers, lui, parait être resté bloqué dans ses projections infantiles souffrantes, rejetant certains traits acquis sur les autres. « Après avoir déchargé sa pulsion sur sa victime, il l’accuse et la rend responsable de ce qui lui arrive ».


2. Les victimes du Pervers Narcissique


Les victimes du pervers ont un lien avec lui : un lien de subordination, un lien filial, ou un lien amoureux ; employeur, collègue, professeur, parent et très fréquemment : le ou la conjointe.


On dit souvent que les victimes ont des failles. Qu'entend-on par failles, en fait? Car dès lors qu'il s'agit d'affects, seules les machines n'en ont pas. Plus on est un être d'affect et d'altruisme et plus on est à sa merci. Le PN va de toute manière fabriquer les failles, quitte à les inventer. Les victimes sont souvent généreuses, empathiques, compréhensives, gentilles.

Et cette gentillesse profonde les coupe parfois de la conscience du vice potentiel chez certains congénères humains… Il y a bien ici une première brèche. Cela n’en fait pas des coupables, mais des proies idéales pour le PN.

La victime vivra rapidement dans la confusion, le but étant qu’elle ne puisse plus penser par elle-même. Elle est sous l’emprise du PN :

« Le pervers doit absolument contrôler sa victime (…). Pour cela, il nous accuse très souvent de choses dont nous ne somme pas coupables, nous emmène dans un flou artistique (…). On n’est pas loin de la tentative d’hypnose. Il nous adresse des injonctions paradoxales, nous assaille de fausses accusations…jusqu’au moment où notre cerveau démissionne » in Jean-Charles BOUCHOUX, Les pervers narcissiques. Qui sont-ils, Comment fonctionnent-ils ? Comment leur échapper ?


Le pervers narcissique, après la phase de séduction, passe à la phase 2 : la dévalorisation, lorsque sa victime est complètement réceptive.

La victime, mettant naturellement en place des mécanismes de réponse à ses attaques peut tomber malade, ou folle.

Pour certaines, c’est par la violence comme tentative d’expulsion de la toxicité du pervers.

Pour d’autres, la dépression est un retournement sur soit de la violence subie.

La dépersonnalisation est une tentative d’évitement du conflit (sensation persistante ou récurrente de détachement de son propre corps ou de ses propres processus mentaux, en se sentant comme un observateur extérieur de sa propre vie).

Par ailleurs, l’état de stress de la victime peut déclencher des maladies chroniques, des addictions, augmente le risque de maladies cardiovasculaires, ou encore le risque d’accidents divers chez les victimes perturbées.

Et les enfants ?

Les personnes narcissiques ont tendance à être inflexibles et à manquer d’affectivité et d’empathie dans l’éducation des enfants.

Si le PN est intéressé par la domination qu’il exerce sur la mère, les enfants ne sont que des moyens faciles de faire pression sur elle. « Par là même, ils deviennent a minima des dommages collatéraux qui souffriront d’assister à la maltraitance d’une être aussi cher qu’une maman. Dans le pire des cas, ils subiront eux aussi sa violence » (in Beau-père PN : quels impacts sur les beaux-enfants ?, pervers-narcissique.com).

Pour un profil souffrant de troubles de la personnalité narcissique, les enfants, avec leur propension naturelle à voler la vedette, sont des rivaux.

Quand ils ne sont pas les leurs, le mode opératoire du pervers narcissique masculin consistera à faire passer les enfants pour des diables et la maman pour une incapable.

A l’inverse, lorsqu’il s’agit des leurs, les enfants considérés comme des extensions d’eux-mêmes, devront maintenir l’image de la famille.

Les enfants des PN, lorsqu’ils sont directement victimes du parent, peuvent être insécurisés dans leurs relations amoureuses, présenter des conflits d’identité et développer un faux-self ou encore des troubles du développement (in R. Boyd, How early childhood oedipal narcissistic development affects later intimacy and relationships, 2011).


3. Se sortir du lien toxique


- Présenter un miroir au Pervers Narcissique : il ne faut pas argumenter ou se justifier auprès du PN, car il est et restera le maître du débat. Il faut le renvoyer à sa condition : qui es-tu pour juger ?


- Renoncer à la réparation par le PN, et renoncer à le comprendre : le manipulateur pervers n’aime pas sa victime ; il aime ce qu’elle lui fournit. Son fonctionnement dénué d’empathie est aux antipodes des codes de sa victime. Il est plus qu’inutile d’en attendre quoique ce soit, ni excuse, ni affect, ni regret. Il faut admettre qu’il s’agissait d’un mirage. La victime, affaiblie, peut se réparer via la psychothérapie et sortir mieux armée, grandie.


- Remettre de la distance : il faut partir et se réfugier dans un environnement bienveillant, en coupant les communications. Il retrouvera très vite une nouvelle proie, sous peine de sombrer, vu qu’il ne peut exister par lui-même.


- Faire appel à la loi : lorsqu’il y a eu des violences, lorsque le PN s’acharne et qu’il refuse de partir de lui-même, ce qui est fréquent, il faut faire appel à la loi. A savoir que cet appel à la loi est absolument insupportable au PN, que les psychanalystes renvoient à l’autorité paternelle qui s’insinue entre l’enfant et sa mère. Parfois, il faut en passer par là, aussi difficile que cela soit pour la victime.


- La victime doit nommer, qualifier son bourreau : Pervers Narcissique, et se reconnaitre son statut de victime, en analysant ce qui s’est passé. Au passage, elle devra :

- Comprendre les fonctionnements du manipulateur.

- Prendre conscience de la dépendance affective dans laquelle elle se trouve installée

- Prendre conscience du traumatisme vécu

Là encore, l’aide d’un psychologue spécialisé, d’associations de victimes de pervers narcissiques, sont autant de soutiens techniques et affectifs précieux. La psychothérapie aide à assurer une libération définitive et à accompagner la victime face aux conséquences de cette expérience si invasive. On ressort fragilisé de l’expérience avec un PN. Il faut donc tirer des leçons de l’expérience pour soi, et se renforcer afin de ne pas retomber dans les griffes d’un prédateur.


- Demander de l’aide : il faut expliquer les évènements, renouer avec les proches quand ils ont été mis à l’écart grâce au travail d’isolement réalisé par le PN. La parole permet à la victime de prendre conscience de l’emprise, et de se sortir de son état de dépendance.


- Oser détester : si la victime ne passe pas par cette phase de détestation, elle risque de sombrer dans la dépression. Il lui faut vivre la colère afin de faire le deuil de la relation.


- Enfin, faire de soi le projet central. Il faut renouer avec soi-même, par tous les moyens. Faire ce que l’on a envie de faire en priorité, prendre soin de soi : sport, soin de l'âme et du corps, sorties avec les amis. Réaliser des projets concrets afin de ne pas rester bloqué dans le statut passif de victime.


Marie-Amélie Garcia, Psychologue, Cabinet Evolution



14 vues0 commentaire
bottom of page